Joseph
Le pouls bat faiblement, un fantôme de pouls à un poignet maigre. Le vieux docteur le soulève avec deux doigts, ce poignet si léger. Il a envie de tapoter la main de l'enfant, de la pincer pour accélérer la circulation du sang dans ses veines. Les parents sont dans la pièce d'à-côté. Il les entend qui vont et viennent. Le père a un pas trainant, comme s'il titubait. Il bute contre les chaises, il se cogne partout, la salle de séjour est trop étroite pour lui. S'il continue il va faire exploser les murs. Cessez, cessez un instant de tourner en rond comme une bête prisonnière d'elle-même, il a envie de lui dire. La mère vaque à des taches stupides, elle remue des casseroles, elle compte et recompte les pièces qu'elle a déjà disposées sur la table. Il l'a vue en entrant, elle les étalait l'une prés de l'autre, par ordre décroissant, pour vérifier qu'elle avait assez, qu'elle pouvait payer, qu'elle ne serait pas obligée de demander un délai. Elle avait l'air de penser déjà au prix des médicaments.
Les faire parler, pense le vieux docteur en les appelant, venez, ne restez pas à côté. Ils entrent dans la pièce. Elle s'avance la première, la petite sœur vissée à l'une de ses jambes, l'autre, l'aînée, accrochée à son tablier. Elles entourent toutes les trois le garçon étendu sur le lit, qui git parmi les couvertures et l'édredon de plumes. Toujours le chœur des femmes autour des malades, autour des mourants, l'éternel tableau des pleureuses. Il l'a vue tant de fois cette scène. Les femmes, présentes de tout leur être, déchirées de douleur, affrontant cela, alors que les hommes fuient, se terrent, les hommes, incapables d'affronter cela.
Les faire parler, pense le vieux docteur en les appelant, venez, ne restez pas à côté. Ils entrent dans la pièce. Elle s'avance la première, la petite sœur vissée à l'une de ses jambes, l'autre, l'aînée, accrochée à son tablier. Elles entourent toutes les trois le garçon étendu sur le lit, qui git parmi les couvertures et l'édredon de plumes. Toujours le chœur des femmes autour des malades, autour des mourants, l'éternel tableau des pleureuses. Il l'a vue tant de fois cette scène. Les femmes, présentes de tout leur être, déchirées de douleur, affrontant cela, alors que les hommes fuient, se terrent, les hommes, incapables d'affronter cela.
(...)

0 Kommentare:
Enregistrer un commentaire